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Le naturalisme, maladie mortelle de l’humanité

par le frère Marie-Dominique o.p.


Préambule : le péché de Lucifer


LES ANGES, comme le seront nos premiers parents Adam et Ève, ont été créés en état de grâce, mais sans voir Dieu face à face. Cette vision appelée béatifique parce qu’elle est la source d’un bonheur sans fin, devait être méritée par leur soumission à la volonté de leur Créateur.

Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique, examine le péché de Lucifer :

L’ange a voulu ressembler à Dieu en désirant comme fin ultime de sa béatitude ce à quoi il pouvait parvenir par ses forces naturelles, et en détournant son désir de la béatitude surnaturelle qu’il ne pouvait recevoir que de la grâce de Dieu. […] Et, étant donné que ce qui est par soi est principe et cause de ce qui est dérivé, il suit de là que l’ange a désiré également une certaine principauté sur les créatures, en quoi il a voulu d’une façon perverse s’assimiler à Dieu. [I, q. 63, a. 3.]

Le père Pègues o.p. fait ici un commentaire intéressant :

Le premier péché de l’ange a été un péché d’orgueil. Il a voulu une excellence qui ne lui appartenait pas, qui n’appartient qu’à Dieu. Dieu, en vertu de sa nature, possède un bonheur, une béatitude, qui n’a besoin d’aucun complément. Il se suffit pleinement à lui-même.

L’ange s’est vu si riche en dons naturels, il s’est estimé si heureux, qu’il a cru pouvoir et qu’il a voulu se suffire.

Dieu lui offrait, en lui imposant de l’accepter volontairement et de reconnaître par-là, de façon très expresse, sa sujétion et sa dépendance dans l’ordre de sa perfection et de sa béatitude, un surcroît de bonheur en quelque sorte infini, la participation, par grâce, au bonheur même que lui [Dieu] possède par nature.

L’ange, plutôt que de reconnaître l’insuffisance de sa nature, et de contracter envers Dieu cette dépendance formelle et expresse, dans l’ordre de la perfection et du bonheur, a préféré refuser le don que Dieu lui offrait, se rendant d’ailleurs bien compte qu’il l’offensait, mais pensant pouvoir le faire impunément, et ne prévoyant pas comment Dieu pourrait le troubler dans la possession d’un bonheur inhérent à sa nature.

Du même coup et par voie de conséquence, il aspirait à supplanter Dieu, en quelque sorte, auprès des autres créatures qui lui étaient inférieures, voulant exercer sur elles un empire, d’ordre créé sans doute, mais en quelque manière indépendant et certainement criminel ; car, alors qu’il ne voulait rien tenir de Dieu par voie de complément ou de don gratuit, il entendait que les créatures inférieures reçoivent de lui et s’avouent indépendantes à son égard.

Tel a été le premier péché de l’ange, son péché d’effroyable orgueil.

Si on voulait caractériser, d’un mot, ce péché de l’ange, on pourrait dire très justement que ça a été le péché de naturalisme. Il s’est renfermé dans les perfections naturelles qu’il possédait et n’a pas voulu des dons surnaturels que Dieu lui offrait.

C’est exactement le péché de la société moderne en révolte contre l’Église de Jésus-Christ. C’est le péché du laïcisme.

De tous les péchés qui peuvent être commis, c’est le plus grand. […] Parce que la souveraine indépendance est le propre de Dieu, la revendiquer est se poser en rival de Dieu [1].

Écho sur terre de la révolte de Lucifer et inspiré par lui, le naturalisme a poursuivi sa longue marche parmi les hommes qu’il a séduits. Surtout à partir de la Renaissance, puis avec la Réforme protestante, il a conduit à la Révolution dite française pour aboutir au communisme et au mondialisme maçonnique. Ayant envahi le monde civil, il a maintenant pénétré dans l’Église et la paralyse depuis le concile Vatican II.

Le naturalisme est l’âme de la contre-Église. Il est au cœur du combat des deux Cités.



Le naturalisme expliqué et condamné par le magistère


Fils de l’Église, notre premier mouvement doit être de nous tourner vers son magistère pour nous mettre à son école :

La voix des papes vient très opportunément nous rappeler les principes qui doivent diriger notre vie et notre activité en vue d’acquérir la vie éternelle ; et cette même voix dénonce avec une grande perspicacité les obstacles déposés sur notre chemin par l’ennemi et les ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Règne. […] On ne peut qu’admirer le zèle et la foi de ces gardiens vigilants du dépôt de la foi ; et on est d’autant plus stupéfait de constater que ce combat a été soudainement abandonné pour pactiser avec tous les fauteurs de ces erreurs et leurs héritiers par un faux esprit œcuménique qui est une trahison de la Vérité [2].

Sans l’étude de ces enseignements pontificaux, on ne peut pas comprendre la très grave situation dans laquelle l’Église se trouve actuellement et toutes nos sociétés dites civilisées, qui avaient autrefois profité de la civilisation chrétienne pendant des siècles et des siècles [3].

Nous examinerons ici la constitution dogmatique Dei Filius du concile Vatican I sur la foi catholique, commentée par le cardinal Pie ; et l’encyclique Humanum genus du pape Léon XIII sur la franc-maçonnerie, commentée par Mgr Lefebvre.


La constitution Dei Filius et le naturalisme


• Ce qu’est le naturalisme

En quelques mots brefs, le Concile définit l’erreur du naturalisme :

Cette doctrine du rationalisme ou du naturalisme qui, s’attaquant par tous les moyens à la religion chrétienne parce qu’elle est une institution surnaturelle, s’efforce, avec une grande ardeur, d’établir le règne de ce qu’on appelle la raison pure et la nature, après avoir arraché le Christ, Notre-Seigneur et Sauveur [4]. [§ 4.] 

Le cardinal Pie en déduit les conséquences dramatiques :

Cette prétention dogmatique et pratique de tout réduire à la nature, c’est ce que le concile du Vatican appelle le naturalisme. […] Si la nature possède en elle-même toutes les lumières, les forces et les ressources nécessaires pour régler toutes choses ici-bas, tracer la conduite de chacun, protéger les intérêts de tous, et parvenir au terme final de sa destinée, qui est le bonheur, la sphère théologique devient superflue. En somme, on se suffit et, possédant en soi son principe, sa loi et sa fin, on est son monde et on devient à peu près son Dieu. […] En somme, la nature est le vrai et l’unique trésor, et c’est assez pour nous d’y puiser. […] Cependant, ce n’est pas seulement la raison de l’homme qui est révoltée. C’est sa volonté, ce sont ses passions. […] Le naturalisme est donc ce qu’il y a de plus opposé au christianisme. Bien pire qu’une hérésie (qui nie un ou plusieurs dogmes) il est le pur antichristianisme. Il élimine Dieu du monde et de la création. Sa loi est de détrôner le Christ et de le chasser de partout, ce qui sera la tâche de l’Antéchrist et c’est ce qui est l’ambition suprême de Satan. Telle est la note caractéristique de notre époque, son erreur, son crime, son mal [5].

• Les conséquences du naturalisme


– Dans l’ordre des doctrines

Le Concile en donne trois :

La religion chrétienne étant ainsi laissée et rejetée, Dieu et son Christ niés, l’esprit d’un grand nombre est tombé dans l’abîme du panthéisme, du matérialisme et de l’athéisme. [§ 4.]

« Abyssus abyssum invocat » dit le psaume, l’abîme appelle l’abîme (psaume 41).

Si la nature est tout, la nature est Dieu [n’est-ce pas « la terre mère » d’aujourd’hui ?]. Si nous n’avons pas besoin de Dieu et si nous nous suffisons, nous sommes divins ! L’humanité est divine : c’est le panthéisme.

Mais si Dieu est aussi divin que sont les hommes et les choses, il est...


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[1]    — Père Thomas Pègues o.p., Commentaire littéral de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, Paris, Téqui, 1927, t. III, traité des Anges, p. 571-573.

[2]    — Mgr Marcel Lefebvre, Introduction au cours des Actes du magistère, année académique 1979-1980, Écône (polycopié manuscrit).

[3]    — Mgr Lefebvre, C’est moi, l’accusé, qui devrais vous juger, Introduction à l’encyclique Humanum genus du pape Léon XIII.

[4]    — Le texte de cette constitution a été publié dans Le Sel de la terre 112-113, Printemps-Été 2020, p. 200 sq.

[5]    — Mgr Pie, évêque de Poitiers (1815-1880), « Instruction synodale [à son clergé] sur la première constitution du concile du Vatican intitulée Constitutio dogmatica de Fide catholica commençant par Dei Filius », Œuvres de Mgr l’évêque de Poitiers, Poitiers, Oudin, t. 7. Des extraits de cette instruction ont été publiés dans Le Sel de la terre 95, p. 185-192, et Le Sel de la terre 112-113, p. 198-213.

Informations

L'auteur de cet article de 13 pages présente la nature du naturalisme (une erreur qui nie l'ordre surnaturel) tel qu'il fut défini et condamné par le magistère de l'Église, notamment au concile Vatican I. Il montre ensuite comment cette fausse doctrine s'est répandue dans les rangs de certains catholiques (appelés catholiques libéraux) jusqu'à triompher au concile Vatican II. Puis il se penche sur la Franc-maçonnerie qui fut la principale instigatrice et propagatrice de cette erreur.

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 130

p. 74-87

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