Saint Jérôme
par Dominicus
« Totum quod legimus in divinis libris, nitet quidem, et fulget etiam in cortice, sed dulcius in medulla est. Qui edere vult nucleum, frangat nucem – Tout ce que nous lisons dans les Livres divins brille ; même l’écorce luit, mais le plus doux est dans la moelle. Si l’on veut manger l’amande, il faut casser la noix [1]. »
SAINT JÉRÔME, c’est l’homme de l’Écriture, celui qui nous a donné la Vulgate, le texte latin de la sainte Écriture qui est la version officielle de l’Église latine, la seule version déclarée « authentique » par l’Église catholique [2], et l’un des plus grands trésors de son patrimoine.
C’est l’occasion de dire quelques mots sur l’importance de l’Écriture sainte et de sa lecture.
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Commençons par résumer la vie du solitaire de Bethléem.
Saint Jérôme est né de parents chrétiens, entre 340 et 347, à Stridon, en Dalmatie (aux confins de l’actuelle Croatie).
A douze ans, il partit faire de brillantes études littéraires à Rome sous la direction du grammairien Donat. Toute sa vie, Jérôme sera un étudiant passionné. C’est à Rome qu’il reçut le baptême, sans doute en 366, des mains du pape Libère.
Il connut ensuite une vie de voyages qui le mena d’abord en Gaule, à Trèves, où il découvrit la vie monastique. Il se rendit ensuite à Aquilée, au nord de l’Italie, où il s’adjoignit à une communauté d’ascètes adonnés à la prière et à l’étude. Un événement dont on ignore la nature le contraignit à partir au bout de six ou sept ans et il gagna l’Orient. Il s’installa à Antioche de Syrie, chez le prêtre Évagrios, le traducteur de La Vie de saint Antoine par saint Athanase, et là, il se jeta à corps perdu dans ses chères études : il perfectionna sa connaissance du grec, il lut Plaute, Cicéron, Virgile et… la Bible ! Mais, épuisé, il tomba gravement malade. On préparait déjà ses funérailles quand il eut un terrible songe qu’il a lui-même raconté :
Tout à coup, j’ai un ravissement spirituel. Voici le tribunal du juge ; on m’y traîne ! La lumière ambiante était si éblouissante que, du sol où je gisais, je n’osais pas lever les yeux en haut. On me demande ma condition : « Je suis chrétien », ai-je répondu. Mais celui qui siégeait : « Tu mens, dit-il, c’est cicéronien que tu es, non pas chrétien ; où est ton trésor, là est ton cœur » [Mt 6, 21].
Aussitôt, je deviens muet. Parmi les coups – car il avait ordonné qu’on me flagellât – ma conscience me torturait davantage encore de sa brûlure ; je me redisais ce verset : « Mais, dans l’enfer, qui te louera ? » [Ps 6, 6]. Je me suis mis cependant à crier et à me lamenter en répétant : « Pitié pour moi, Seigneur, pitié pour moi ! » Cet appel retentissait parmi les coups de fouet. Enfin, prosternés aux genoux du président, les assistants le suppliaient de faire grâce à ma jeunesse, de permettre à mes erreurs de faire pénitence ; je subirais par la suite le supplice mérité, si jamais je revenais à la lecture des lettres païennes. Quant à moi, coincé dans une situation aussi critique, j’étais disposé à promettre encore davantage. Aussi me suis-je mis à jurer, à prendre son nom à témoin : « Seigneur, disais-je, si jamais je possède des ouvrages profanes, ou si j’en lis, c’est comme si je te reniais ! » [3].
Saint Jérôme termine ainsi son récit : « Depuis, j’ai lu les livres divins avec plus de soin que je n’avais lu jadis les ouvrages des mortels. » Il restera fidèle toute sa vie à cette préférence accordée aux livres divins.
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[1] — Saint Jérôme, Lettre lviii, 9 à saint Paulin (Lettres, t. iii, traduction Jérôme Labourt, Paris, Belles Lettres, 1953, p. 83).
[2] — Concile de Trente, session IV, décret du 8 avril 1546 (DS 1506).
[3] — Lettre xxii, 30 à Eustochium (saint Jérôme, Lettres, t. i, Paris, Belles Lettres, 1949, p. 145).
Informations
Une courte biographie sur l'un des plus grands exégètes de l'Église.
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 162-168
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