+ Bioéthique :
génétique et clonage
(Cahiers Saint-Raphaël)
Le 25 novembre 2000, dans les locaux de l’Institut universitaire Saint-Pie X à Paris, se tenait le troisième colloque du Centre Pie XII pour la morale du vivant, sous la présidence de M. l’abbé Lorans, recteur de l’Institut. L’assistance, nombreuse et choisie, débordait largement à l’extérieur de la salle de conférences. Le Centre Pie XII, dirigé par madame le docteur Gillaizeau-Amiot, gynécologue, a pour but d’étudier les questions médicales à la lumière du magistère traditionnel de l’Église.
Les Cahiers Saint-Raphaël n° 62, de mars 2001, se font l’écho de ce colloque.
1. Un novembre noir
Dans l’éditorial, le Dr Dickès, président de l’ACIMPS [1], nous alerte sur les faits extrêmement graves survenus en novembre 2000 au milieu de l’indifférence générale :
— L’« arrêt Perruche » : une famille ayant porté plainte parce qu’une rubéole n’avait pas été diagnostiquée à temps chez leur enfant au moment de l’accouchement, à cause d’une erreur de laboratoire, la Cour de cassation a condamné le laboratoire. En soi, cela pourrait se comprendre. Ce qui est très inquiétant cependant, c’est que le laboratoire a été condamné pour avoir causé un « préjudice de vie » à l’enfant qui est maintenant anormal. Ce concept de « préjudice de vie » est tout à fait nouveau. C’est la première fois au monde qu’il est mis en avant. L’échographie des enfants in utero étant maintenant généralisée, devant le moindre doute les médecins seront tentés de conseiller l’avortement pour ne pas risquer de se retrouver au tribunal, attaqués pour avoir mis au monde un enfant qui a un « préjudice de vie ». D’autre part, ce nouveau concept crée pour le médecin l’obligation de résultat, au risque d’être poursuivi.
La conséquence est claire : des milliers d’avortements supplémentaires vont avoir lieu.
— Ce même mois de novembre, la loi Aubry a étendu la possibilité de l’avortement à 14 semaines, supprimé la clause de conscience des chefs de service et l’entretien préalable, créé un délit pénal d’entrave à l’avortement (les prêtres, les médecins consciencieux seront-ils poursuivis ?) L’avortement est maintenant anonyme et gratuit pour les mineures, et la publicité pour l’avortement autorisée.
A cela, il faut ajouter la déclaration de M. Lionel Jospin se prononçant en faveur de l’expérimentation sur les embryons humains.
De l’avortement à l’euthanasie, des manipulations génétiques au clonage, tout un univers est en train de se mettre en place, où l’homme qui a chassé Dieu joue aux apprentis sorciers.
Face au silence de la hiérarchie officielle de l’Église, à l’impuissance des multiples associations pour la vie qui refusent de combattre au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la démission des défaitistes de toutes sortes, l’ACIMPS, le Centre Pie XII, entendent continuer le combat pour défendre l’honneur de Dieu et de l’Église. Ils méritent notre soutien.
2. « La vie : un matériau
qui se gère »
C’est le titre de l’éditorial de M. l’abbé Sélégny, aumônier de l’ACIMPS. Cette phrase a pour auteur le franc-maçon Pierre Simon, grand maître de la Grande loge de France, dans son ouvrage De la vie avant toutes choses.
La vie humaine, aujourd’hui, a été rabaissée à la condition d’un matériau. Ainsi, la Neue Zürcher Zeitung du 20 novembre 2000 a annoncé que « l’Office Européen des Brevets d’invention (OEB) a accordé un brevet pour permettre la création d’un hybride entre l’homme et l’animal ».
Par la volonté de puissance des « scientifiques », la science est maintenant devenue un dieu auquel tout est soumis. Des sommes d’argent considérables y sont engagées, qui entrent dans l’économie des états.
Il y a bien sûr une opposition radicale entre cette science déifiée et la loi morale. Ces « scientifiques » sans scrupules entreprennent d’ailleurs de détruire la loi morale en changeant la loi civile, et par là les mentalités. Ils veulent changer l’homme au nom d’une évolution dont ils prétendent être les maîtres. C’est dans ce mythe que la science est en train de s’engager aujourd’hui.
L’abbé Sélégny termine sur une note d’espérance en donnant quelques avis pratiques pour oeuvrer au triomphe de Dieu qui, de toutes façons, ne saura manquer.
3. Les lois de bioéthique et leur évolution prévisible en 2001-2002
Cette conférence de M. Yves Amiot, juriste, avait été publiée à l’avance dans les Cahiers Saint-Raphaël n° 61 [2].
Ce qu’on appelle communément « lois de bioéthique » concerne en fait deux textes législatifs datés du 29 juillet 1994. Ces deux lois prévoient l’une et l’autre la publication d’une série de décrets d’application dont une partie seulement a vu jusqu’ici le jour. Ces lois sont intitulées respectivement :
— « Loi relative au respect du corps humain »
— « Le don [d’organes], l’utilisation des éléments et produits du corps humain, l’assistance médicale à la procréation, et le diagnostic prénatal. »
L’apparence est rassurante : plus de la moitié des textes concerne le respect de l’être humain, avec des peines très lourdes pour les contrevenants. Cependant, quelques portes sont ouvertes très discrètement et dangereusement, puisqu’on parle, au détour d’un alinéa, de l’« étude » sur l’embryon humain et plus loin de sa destruction. Le législateur veut réserver l’avenir. N’ayant plus aucune référence morale immuable, il est convaincu de l’évolution permanente des critères éthiques, sans savoir d’ailleurs très bien où cela va le mener.
La révision des lois de bioéthique est donc maintenant à l’ordre du jour. Et M. Amiot de citer un rapport de « L’office parlementaire des choix scientifiques et technologiques » ainsi qu’un rapport du « Comité consultatif national d’éthique » sur le réexamen des lois de bioéthique concernant le statut de l’embryon. Ces rapports demandent une libéralisation de la loi, et le Comité d’éthique propose ouvertement de lever l’interdiction de l’expérimentation sur l’embryon humain. Cette demande a été relayée par les prises de position de M. Jospin, nous l’avons vu plus haut.
En fait, l’expérimentation sur l’embryon humain a commencé : la pratique doit devancer la loi selon la tactique révolutionnaire des loges maçonniques. Cette expérimentation n’est même un secret pour personne : le professeur Czyba, de Lyon, a récemment constaté devant l’office parlementaire que « l’encadrement trop strict de la recherche conduit à des pratiques sauvages, [...] les prescriptions de la loi sont fréquemment violées ». Jean Michaud, vice-président du Comité d’éthique commente : « La loi a édicté des sanctions pénales trop lourdes pour être vraisemblablement appliquées. » Ainsi progresse la révolution.
4. Psychologie d’un avortement.
A propos d’un roman
Les lois ne suffisent pas à changer les mentalités. Il y a la pression médiatique. Il y a aussi le livre.
M. l’abbé Lorans examine un roman de Annie Dermeau L’évènement, paru en février 2000. L’évènement, c’est le récit de l’avortement qu’elle a pratiqué en 1963, avortement clandestin car la loi Veil n’existait pas. Elle le décrit comme une expérience mystique décisive. L’ouvrage est même blasphématoire : elle assimile son épreuve à la passion du Christ. Un prêtre lui ayant dit qu’elle avait commis un crime, elle en conclut : « Le temps de la religion est fini. »
Ce qui étonne encore dans ce livre, c’est l’insensibilité, pour ne pas dire les sentiments dénaturés avec lesquels elle analyse son acte. On se demande comment une telle insensibilité est possible. C’est à l’opposé des tristes témoignages de personnes ayant pratiqué l’avortement [3]. Le récit est-il authentique ? En tous cas, le but de ceux qui le répandent dans le public est clair : il faut anesthésier les consciences.
5. Éléments de biologie nécessaires à la compréhension des problèmes éthiques posés par l’avancement des sciences
et des techniques
Le colloque du Centre Pie XII devait se terminer par un brillant duo : pendant deux heures, le professeur Gérard Lefranc, professeur à la faculté de médecine de Nantes et praticien hospitalier, et le docteur Philippe Piloquet, maître de conférences de la faculté de médecine de la même ville, ont fait partager à l’auditoire non seulement leur savoir, mais aussi leur enthousiasme pour la véritable science.
La biologie progresse très vite, du fait surtout de l’application de techniques très avancées de biologie moléculaire, mais aussi souvent en raison du labeur d’équipes soutenues par des puissances financières attendant un profit considérable des résultats escomptés. Le désir de puissance de l’homme blessé par le péché originel est plus que jamais stimulé par l’opportunité d’une maîtrise de la reproduction, et de ses multiples conséquences sociales, morales, pharmaceutiques, agronomiques, financières, politiques.
— Pour faire le point de l’évolution des connaissances en biologie, le professeur Lefranc fait d’abord quelques rappels bien utiles de biologie cellulaire (Cahiers Saint-Raphaël n° 62 p. 17-34).
Les recherches biologiques actuelles, très importantes et onéreuses, font entrevoir dans un avenir proche la possibilité de déceler et soigner 6000 maladies génétiques connues. C’est le bon aspect de cette science. L’aspect inquiétant est que les progrès diagnostiques et les progrès thérapeutiques n’allant pas de pair, le diagnostic prénatal de maladies génétiques non encore guérissables ne peut, dans le contexte actuel, qu’augmenter le nombre des avortements.
— Le docteur Piloquet fait ensuite le point sur les différentes techniques contraceptives, et sur l’état actuel de la fécondation in vitro, ou fécondation artificielle.
L’homme moderne veut « maîtriser sa fécondité » [4]. Il veut être capable de l’empêcher (par la contraception ou l’avortement) ou au contraire de l’obtenir à tout prix (par la fécondation in vitro).
Dans le monde scientifique officiel, l’éthique médicale n’existe plus. Une éthique politique, laïque, amorale, l’a remplacée. Peut-on alors lui donner encore le nom d’éthique ? Certainement pas. Mais Dieu vaincra.
*
Les Cahiers Saint-Raphaël n° 62 présentent en outre :
— un entretien avec Catherine Abrassart, sage-femme et infirmière puéricultrice, responsable d’un service d’enfants handicapés.
— un article du docteur Philippe Letteron sur le clonage [5].
— des recensions de livres récents sur les questions médicales.
