Les Fins dernières dans les psaumes
Fr M.-D.
De l’importance des fins dernières
« La fin, bien qu’elle soit dernière dans l’exécution, est première dans notre intention, et de cette manière, elle a raison de cause », écrit saint Thomas d’Aquin (I-II, q. 1, a. 1, ad. 1) : c’est parce que, dans mon intention, j’ai pris la résolution d’aller à Paris, que je me suis mis en marche pour m’y rendre.
Tant que je n’aurai pas fixé la fin, le but, dans mon intention, je ne pourrai pas me mettre en marche. Ceci est si vrai que, dès qu’il a atteint l’âge où il peut raisonner, l’enfant, pour poser son premier acte moral, doit d’abord faire le choix de sa fin dernière : Dieu ou son propre plaisir. « La première chose qui s’impose à l’homme dès qu’il a du discernement, c’est de songer à soi et de savoir à quoi ordonner toute autre chose comme à une fin », dit encore saint Thomas (I-II, q. 89, a. 6, ad. 3) [1].
Pour résumer : « Tout ce que l’homme veut, il le veut en raison de la fin ultime » (I-II, q. 1, a. 6). Cela ne veut pas dire que l’homme pense nécessairement à sa fin dernière dans tout acte qu’il pose — de la même manière que, lorsque je vais à Paris, je n’ai pas besoin de penser au but de mon voyage pour poser chaque pas qui m’en rapproche — mais la fin ultime agit comme moteur de mon mouvement dans chacune de mes actions, même quand je n’y pense pas ; et ceci tant que je ne l’ai pas désavouée. On parle d’influx virtuel de la fin sur tous mes actes.
On comprend alors combien la question de la fin ultime est primordiale pour l’homme.
Hélas, aujourd’hui, la plupart des hommes se sont trompés dans le choix de leur fin ultime, et les paroles de l’apôtre saint Jean n’ont jamais été si actuelles : « Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux ou orgueil de la vie » (1, Jn 2, 16).
Les hommes d’Église ne sont même plus une lumière pour le monde. Depuis le concile Vatican II, la prédication sur les fins dernières a quasiment disparu de la pastorale, le salut individuel, à obtenir par la prière et les œuvres, ayant cédé la place au salut universel présenté comme certain [2].
On ne peut donc qu’être reconnaissant à M. l’abbé Patrick Troadec, directeur du séminaire de Flavigny (FSSPX), d’avoir mis à la disposition des fidèles un ouvrage sur les fins dernières dont voici le plan :
— Première partie ; la vie présente ;
— Deuxième partie : la mort et le jugement ;
— Troisième partie : l’enfer ;
— Quatrième partie : le purgatoire ;
— Cinquième partie : le ciel ;
— Sixième partie : le règne éternel de Dieu.
Les psaumes, école de méditation et de prière
Mais cet ouvrage a un ature but : aider les fidèles à retrouver le goût des psaumes.
Le livre des psaumes est le livre de prière de la Bible. Entourant les sacrifices de l’ancienne Loi dans la liturgie du Temple, les psaumes ne prirent toute leur signification et toute leur valeur que lorsque Notre-Seigneur les employa pour prier son Père. Toutes les justes aspirations, les douleurs, les espérances des hommes, qu’ils résumaient, se sont alors engouffrées dans le cœur de Notre-Seigneur pour trouver, à travers lui, un passage assuré vers le Père.
Dans l’introduction de son commentaire des 51 premiers psaumes, saint Thomas d’Aquin écrit : « La raison pour laquelle le psautier est le livre biblique de beaucoup le plus utilisé dans l’Église, c’est qu’il contient en lui-même toute l’Écriture. [...] Sa caractéristique est de redire sous forme de louange et de prière tout ce que les autres livres exposent selon les modes de la narration, de l’exhortation, de la discussion. Son but est de faire prier, donc d’élever l’âme jusqu’à Dieu par la contemplation de son infinie majesté, par la méditation de l’excellence de la béatitude éternelle, par la communion à la sainteté de Dieu et l’imitation effective de sa perfection. »
Chanter les psaumes, les réciter dans le bréviaire, assister aux Vêpres ou aux complies le dimanche, c’est, après le saint sacrifice de la messe, la prière la plus noble que le chrétien puisse adresser à son Dieu, et celle qui est la plus adaptée aux divers besoins de son âme.
Aussi, dès les débuts de l’Église, la dévotion envers le psautier prit-elle une expansion extraordinaire qu’elle n’avait jamais connue dans le judaïsme antique et qu’elle ne connaît pas dans la fausse religion juive actuelle qui lit les psaumes en aveugle.
On chantait les psaumes non seulement à l’église, mais jusque dans les champs, en labourant, ou en taillant sa vigne. A la Révolution française encore, les prisonniers (même laïcs) avaient presque tous un psautier dans leur poche. Il y a eu depuis une rupture, aggravée par la présente crise dans l’Église.
Travailler à redonner le goût des psaumes, est donc d’une importance capitale.
Cet ouvrage y contribue en faisant méditer sur les fins dernières à partir du psautier, et du psautier lu avec les Pères de l’Église et les écrivains ecclésiastiques les plus autorisés. Ce sont ici les psaumes commentés par vingt siècles de Tradition, sur le sujet le plus important pour tout homme : le but de sa vie.
Abbé Patrick Troadec, Les Fins dernières dans les psaumes, Suresnes, Clovis, 2010, 383 p, 21, 5x14cm 22 €, ISBN 978-2-35005-069-0.
[1] — Voir à ce sujet l’étude de l’abbé Jean-Paul André, Le premier acte moral d’un enfant, parue dans Le Sel de la terre 33.
[2] — On pourra se reporter aux Actes du premier symposium de Paris, La Religion de Vatican II, supplément au Sel de la terre 43 », p. 82 à 88.

