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Monseigneur Lefebvre,

un évêque dans la tempête 

Vincent Mainart. 

 

Vingt ans après son rappel à Dieu, le cinéma s’intéresse à la personnalité et à l’itinéraire de Mgr Marcel Lefebvre. Il ne fait pas de doute, pourtant, et en nous en tenant à des considérations purement profanes, qu’il fut une des personnalités publiques marquantes de la seconde moitié du 20e siècle. Mais tandis que des dizaines de documentaires ont été consacrés aux très médiatiques John Kennedy, Charles De Gaulle ou Jean-Paul II, rien, hors les clichés prêts à servir des chaînes de télévision, non, rien de sérieux sur cet homme, ce prêtre, ce prélat, dont l’œuvre encore vivace, nous en faisons le pari, marquera durablement de son empreinte l’histoire à écrire des décennies futures, bien plus sûrement que celle des personnalités précitées.

Il faut donc nous réjouir qu’existe enfin, réalisé sous l’égide de l’Association de défense du patrimoine chrétien, un film documentaire qui lui soit consacré. Nous nous en réjouissons d’autant plus légitimement que ce film est une réussite. C’était une gageure que de tenter de présenter, en 100 minutes, un « sujet » aussi complexe et riche. Si le réalisateur s’en tire avec les honneurs, c’est d’abord parce que son travail est assis sur une préparation documentaire solide. Si la biographie que Monseigneur Bernard Tissier de Mallerais a consacré au fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X [1] a servi de trame et d’ossature à la construction du film, celui-ci s’appuie également sur un riche matériel audiovisuel, constitué d’archives filmées souvent inédites ou rarement diffusées, du recueil de 32 témoignages de parents, amis, confrères, élèves, etc., qui ont partagé ou croisé la trajectoire de Monseigneur Lefebvre, ainsi que d’images tournées en Europe, en Afrique et en Amérique.

De ce matériel, le réalisateur a tiré le meilleur parti, en construisant un film à la fois rigoureux et vivant. Le documentaire s’ouvre et se ferme sur les sacres de 1988, et il se déroule comme une enquête dont le but est de comprendre comment un homme élevé dans l’ultramontanisme et la fidélité au siège apostolique, valeurs qu’il défendit jusqu’à la fin, en est venu à cet acte de désobéissance au pape, assumant par avance les sanctions canoniques qui ne pouvaient manquer d’en découler. Dès lors, le film revient sur chacune des grandes étapes de la vie de Monseigneur Lefebvre, n’en sacrifiant aucune : l’enfance dans une famille profondément catholique, le séminaire français de Rome, le choix de la Mission, les débuts au Gabon, l’archevêché de Dakar, le délégué apostolique de Pie XII pour l’Afrique francophone. Viennent ensuite le retour en France, l’évêché de Tulle, le Supériorat général des Pères du Saint-Esprit et bien sûr, le concile Vatican II. Enfin, le film retrace les événements bien connus qui vont de la fondation de la Fraternité Saint-Pie X aux sacres de 1988, en passant par l’institution du séminaire d’Ecône.

Cette évocation serait cependant de faible intérêt si elle n’était que plate énumération factuelle. Le grand intérêt du film est de restituer progressivement la personnalité intellectuelle et spirituelle du prélat en se fondant sur ses œuvres et en s’appuyant sur les témoignages recueillis, qui, pour beaucoup d’entre eux, émanent de personnalités (prêtres africains, pères du Saint-Esprit, simples fidèles) qui ont été formées par Monseigneur, voire ordonnées par lui, mais ne l’ont pourtant pas suivi dans son combat pour la restauration du sacerdoce catholique après le Concile. Ils n’en sont pas moins unanimes pour souligner sa haute spiritualité, son attachement à développer la formation catholique de la jeunesse par l’œuvre des écoles en Afrique, la formation théologique et spirituelle des prêtres par le développement des séminaires, etc. Il est bien significatif que tous les témoins qui ont assisté aux messes dites par Monseigneur Lefebvre en ont été durablement édifiés. A l’autel, « Il semblait prier constamment » affirme un de ses confrères du Saint-Esprit. L’immense travail missionnaire accomplit par le père puis l’évêque Marcel Lefebvre est admirablement souligné, et du coup, la parfaite continuité entre l’œuvre africaine antéconciliaire et l’œuvre internationale postconciliaire. Autrement dit, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X n’a pas agi autrement que l’Archevêque de Dakar. Missionnaire il fut, missionnaire il resta jusqu’à la fin, agissant uniquement pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Dès lors, l’acte des sacres, quoiqu’il lui en ait coûté, apparaît comme l’ultime témoignage de sa fidélité à Dieu et de sa charité envers les hommes.

Ainsi, ce film constitue un excellent moyen pour ceux, et ils sont hélas très nombreux, notamment dans la jeunesse, qui ne savent rien de Monseigneur Lefebvre et de son œuvre, de découvrir son vrai visage et de s’initier à son histoire. Il ne dispense en rien d’aller plus loin, en lisant la biographie qui lui a été consacrée et surtout, les livres qu’il a écrit, mais il y invite et il en donne le désir. Ce n’est pas le moindre de ses mérites et c’est pourquoi il faut souhaiter que son édition en DVD soit largement diffusée.

 

DVD Monseigneur Lefebvre, un évêque dans la tempête, un film de l’Association pour la Défense du Patrimoine chrétien. Durée : 100 minutes. Prix TTC : 12 €.



[1]  — Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Clovis, 2002.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 84

p. 192-193

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